Les candidats du second tour de l’élection présidentielle guinéenne prévue le 19 septembre 2010, vont se rendre ce mercredi 1er septembre à Ouagadougou à l’invitation du médiateur désigné de la crise guinéenne, le président Blaise Compaoré. Pour certainement discuter des divergences et trouver un consensus pour l’organisation du scrutin dans les conditions apaisées.
En ce moment critique de la transition, le candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), M. Cellou Dalein Diallo a accepté de répondre aux questions d’actualité électorale de la rédaction de votre site, ce mardi 31 août.
AfricaLog.com : Vous devez partir à Ouagadougou, chez M. Blaise Compaoré, médiateur dans la crise guinéenne. Qu’attendez-vous de cette visite?
M. Cellou Dalein Diallo : Je vais à Ouagadougou pour répondre à l’invitation du médiateur. Je ne suis pas informé sur l’objet de cette rencontre. Mais, je suppose que c’est pour prodiguer des conseils aux deux candidats, afin qu’on fasse tout pour maintenir la paix, la sérénité et peut-être pour nous engager à accepter les résultats. Je ne vais pas avec des propositions dans la mesure où j’ignore ce que le médiateur va nous proposer. Lorsqu’il a souhaité nous rencontrer, les deux candidats au second tour que nous sommes, je me dis qu’il va peut-être nous donner les conseils, formuler des recommandations et nous aider à mieux gérer cette compétition afin qu’elle ne soit pas une source de violence et de conflit pour les Guinéens.
Les campagnes pour le second tour s’annoncent. Sur quoi portera votre message? Une explication de programme de société ou une dénonciation des tares du pays?
L’un ne va pas sans l’autre. Lorsque vous promettez d’apporter le changement, il va falloir dire que c’est un changement par rapport aux pratiques actuelles ou bien par rapport aux pratiques du passé. Il faut dire comment s’y prendre en vue de répondre aux aspirations de la population. Par rapport à cela, vous allez nécessairement faire l’évaluation pour dire que vous allez mettre en œuvre une nouvelle gouvernance pour corriger cela.
Etes-vous prêt à débattre avec le candidat du RPG?
Moi, j’ai déjà marqué mon accord pour le face-à-face avec le Pr Alpha Condé. Il aurait dit que ce n’est pas sa priorité. Mais j’aurais bien voulu qu’on débatte ensemble, étant donné que la compétition politique est une question de débat, de confrontation d’idées, des projets de société, des expériences. Ce n’est pas les injures, les dénigrements. Il aurait pu accepter qu’on se rencontre sur le plateau de la Télévision, pour confronter, nos idées, nos visions pour la Guinée. Afin que nos compatriotes puissent choisir en toute connaissance de cause.
Quelle lecture faîtes-vous de l’obstination du Premier ministre à faire signer sous forme de décret, le protocole d’accord signé entre la CENI et le MATAP?
Ce n’est pas nécessaire. La CENI est une institution dont les compétences sont définies par la Constitution qui dit qu’elle doit être autonome, indépendante. Maintenant, lorsqu’elle a besoin de l’appui technique d’un département ou d’un service privé ou public, c’est tout à fait normal qu’elle contracte avec ledit service pour définir les conditions dans lesquelles cette administration peut lui apporter cet appui. Ce n’est pas un décret qui doit fixer cela mais c’est un consensus entre la CENI et le MATAP. Dans la mesure où la Constitution reconnaît que le MATAP doit apporter son appui technique à la CENI.
Mais si ce décret était signé, quelle sera votre réaction?
Nous allons tout faire pour que ce décret ne soit pas pris, au contraire, nous allons tout faire pour que le protocole en vigueur soit respecté par les deux partis. Parce que pour régir les relations entre la CENI et le MATAP on n’a pas besoin de décret.
Bien des candidats du premier tour de la présidentielle ont relevé des dysfonctionnements du système électoral, y compris vos alliés. Que proposez-vous pour remédier à cela au second tour?
Nous étions tous d’accord qu’il y a eu des dysfonctionnements et des irrégularités au premier tour. L’UFDG a adressé une lettre à la CENI pour attirer son attention sur les faiblesses constatées et formuler des recommandations, afin que le second tour soit mieux organisé. Le RPG a fait la même chose, d’autres partis ont fait pareil. La CENI s’est engagée à prendre toutes les dispositions pour corriger ces dysfonctionnements et ces irrégularités. Je crois qu’à cet égard, la CENI a fait de grands progrès. Puisque le redécoupage des circonscriptions électorales a été repris en tenant compte du besoin des électeurs de se trouver à une distance raisonnable de leurs bureaux de vote. Le découpage initial n’était pas judicieux, de l’avis de tous les candidats. Nous avons vu des électeurs louer des bennes pour se transporter vers les bureaux de vote. Cette faiblesse est entrain d’être corrigée. Ce n’est pas parce que l’Administration du territoire n’était pas l’institution qui organise les élections qu’il y avait eu ces faiblesses. Aujourd’hui, les démembrements de la CENI, les préfets, les gouverneurs, les sous-préfets, ensemble, ont fait des propositions pour déterminer l’emplacement des bureaux de vote de manière à ce que tous les électeurs soient à proximité de leurs différents bureaux de vote. La CENIi a pris cette décision. On n’a pas besoin d’un décret pour appliquer cela. On a dit par exemple, qu’il faut former les membres des bureaux de vote. On n’a pas besoin d’un décret pour cela. Mais on a besoin des initiatives, des dispositions par rapport à cela. Donc, les faiblesses qui ont été identifiées peuvent être corrigées parce qu’elles l’ont été de manière quasi unanime. Que ce soit le MATAP ou la CENI, dans tous les cas, il fallait prendre des dispositions pour le corriger et c’est ce que la CENI est en train de faire de manière acceptable.
Pourquoi vous vous opposez à ce que les préfets, sous-préfets, s’impliquent dans l’organisation des élections?
Nous avons déploré l’engagement de certains préfets, de certains gouverneurs, à peine voilé en faveur d’autres candidats. Cela n’est pas juste. Nous nous sommes battus pour la neutralité de l’Administration, pour que les responsables de la Transition ne soient pas candidats afin qu’ils puissent observer cette obligation qui est la leur. Aujourd’hui, (31 août Ndlr), le Ministère de l’Administration du territoire et des Affaires politiques (MATAP), a diffusé une circulaire dans laquelle il rappelle aux préfets, gouverneurs et sous-préfets leur obligation d’être neutre et impartial par rapport aux candidats. Nous avons salué cette circulaire et nous encourageons le MATAP à continuer dans ce sens. C’est sa la position de l’UFDG et je pense que c’est ce qui devrait être la position de tous les autres candidats.
Quelle sera votre priorité au soir du 19 septembre prochain, si vous étiez déclaré vainqueur de l’élection présidentielle?
Le manque d’eau, le manque d’électricité, celui des infrastructures de qualité, font partie des attentes de la population. Dans notre programme, et nous et nos alliés, ces besoins sont les priorités dans notre action. Naturellement, en fonction de la réalité, nous allons prendre immédiatement des mesures. Les parcs des centrales électriques sont à réparer ou bien il faut acquérir de nouvelles, s’il y a lieu en attendant de construire les barrages. Puisque, comme vous le savez, la Guinée a un potentiel hydroélectrique important. Sa vocation est d’être exportatrice d’énergie électrique. Malheureusement, compte tenu des politiques hasardeuses qui ont été menées et de l’absence de vision, aujourd’hui, nous n’en avons même pas pour nous, donc on ne peut même pas parler d’exportation. Alors que le potentiel que nous avons, peut donner de l’électricité à toute la région. Nous allons tout faire pour que la Guinée puisse assumer cette vocation de pays exportateur d’énergie électrique, mais en attendant, pour le court terme, il s’agira de réparer les machines existantes et d’acquérir de nouvelles.
Est-ce vous allez tendre la main au camp adverse dans la formation de votre gouvernement?
Dans mon approche de la gestion du pouvoir, je fais appel à toutes les compétences, à toutes les bonnes volontés, à tous ceux qui veulent participer à l'édification de cette Guinée unie et prospère à laquelle je rêve. La construction de laquelle je suis bien sûr disposé à associer, à utiliser toutes les compétences, toutes les bonnes volontés. Parce que les défis sont énormes, je pense qu'on devrait tous à l'issu des élections nous donner la main pour sortir très rapidement notre Guinée de la misère et de la marginalité.
Certains observateurs pensent que votre récent rapprochement avec le Capitaine Dadis lors du décès de son fils est une stratégie de campagne, alors que votre garde-corps a perdu la vie lors des massacres du 28 septembre 2009, au stade du même nom. Qu’en pensez-vous?
Je pense que tout le monde a en mémoire, la solidarité et le soutien que le Capitaine Dadis m'avait apportés lors du décès de ma mère, malgré les adversités au plan politique qui nous opposaient. Lorsque j’ai perdu ma mère, il a posé des actes majeurs. Il a annulé le Conseil des ministres, pour dépêcher pratiquement la quasi-totalité des membres du CNDD et du gouvernement jusque dans mon petit village. Le capitaine Dadis a apporté un soutien matériel et financier non négligeable. Sur le plan humain, j'ai été très sensible à cela. Je voulais lui exprimer ma gratitude, ma reconnaissance pour ses actes posés sur le plan humain. Lorsqu'il perd son fils, c’est tout à fait normal que je vienne dans sa famille et même à Ouagadougou pour lui adresser mes condoléances et lui apporter ma solidarité, mon soutien. Si les gens voient-là une démarche politique, ils ont tort. C'est une démarche humaine, compte tenu aussi de ce qu'il avait fait lorsqu'un malheur similaire a frappé dans ma famille.
Lorsque vous étiez à Ouagadougou, vous avez accusé le Premier ministre de rouler pour M. Alpha Condé. Sur quoi portent vos accusations?
Le RPG a proposé que l'organisation des élections soit transférée au MATAP, qu’une partie des compétences de la CENI soit transférée au MATAP. Le Premier ministre Jean-Marie Doré a semble-t-il préparé un projet de décret pour consacrer ce transfert de compétences de la CENI au MATAP. Il y a là une convergence qui était suspecte. Nous avons pensé que les deux étaient en train d'agir dans la même direction. Peut-être qu'on se trompe, on souhaite se tromper. Mais il y avait une convergence de position qui fait que les gens du RPG à un moment donné, étaient au bureau du Premier ministre, pour essayer de plaider pour ce transfert de compétences. C'est dans ce cadre qu'une ordonnance ou un décret a été organisé. C'est ce qui fait l'objet du débat actuel. Le RPG défend toujours qu'il faut associer le MATAP. Or, pour associer le MATAP comme souhaitait le RPG, il fallait modifier la Constitution, puisqu’elle est formelle: l'organisation des élections et des référendums dans le pays est confiée exclusivement à la CENI qui peut bénéficier de l'assistance technique du MATAP et d’autres départements ministériels. Voilà pourquoi, nous avons pensé qu'il y a, peut-être, nous souhaitons nous tromper, une connivence entre les deux.
Vous êtes attendu à Ouagadougou, mais beaucoup d'observateurs estiment que le Président Blaise Compaoré est très proche du candidat du RPG. Ne craignez-vous pas qu’il y ait une main derrière au cours du second tour en faveur de Alpha Condé?
Moi, je n'ai pas senti cette proximité du médiateur au Pr Alpha Condé. Si elle existe, elle n'a pas suscité une partialité. Je pense que le Président Blaise Compaoré joue bien son rôle de médiateur en essayant de maintenir la balance entre les partis politiques. À cet égard, on n’a absolument rien à lui reprocher. Moi, je lui fais confiance. J'étais à Ouagadougou il y a dix jours. Je l’ai rencontré. Je crois qu'on peut lui faire confiance. Il peut avoir des sentiments pour l'un ou l'autre, une vieille relation ou plus récente, mais je pense que c'est un homme responsable qui sait faire la part des choses, qui est plutôt intéressé au dénouement heureux, apaisé de cette Transition, à la mise en œuvre de laquelle il a participé de manière vraiment irréprochable.
Avez-vous lu le projet de société du RPG? Si oui, qu'avez-vous retenu de son programme?
J’avoue que je ne l'ai pas lu. Mais j'imagine que les projets de société des candidats se ressemblent dans l’ensemble, même si au niveau des options, certains sont plus à droite qu'à gauche, ou plus socialistes que libéraux. Je crois que nous avons des défis. On n'a pas d'eau, on n’a pas d'électricité. La pauvreté s'est accentuée. Il n'y a pas d'infrastructures viables, on a un système éducatif peu performant, un système de santé inefficace, une administration corrompue. Ce sont-là de grands défis à relever. Je pense que chacun parle de ces défis avec sa sensibilité, sa vision. Je suis convaincu que dans le contexte du monde d'aujourd'hui, les méthodes, les stratégies ne doivent pas être très différentes. On ne devrait pas avoir des difficultés à associer tout le monde à l'entreprise qui consiste à relever très rapidement tous ces défis.
Interview réalisée par Mamadou Siré Diallo
UFDG ET ALIES VOUS DISENT BIENVENU A L'ALLIENCE "DREAM TEAM" POUR QU'ENSEMBLE TRAVAILLER POUR FAIRE LE CHANGEMENT QUE LES GUINEENS ONT TOUJOURS ASPIRE JUSQU'IL Y A EU DES MORTS...NOUS COMPTONS SUR VOUS. VIVE L'UNITE NATIONAL....Merci cellou dalein le futur president de la Guinee une interview sans attaque contre personne et tres sereine.....