Hadja Rabiatou Serah Diallo est la Présidente du CNT. Un poste qui fait d'elle, en attendant la mise en place de l'Assemblée nationale, une des personnalités de premier ordre de la Guinée car, faisant office de Présidente de l'organe législatif qu'est le Conseil National de Transition.
C'est ainsi qu'au regard des derniers développements de l'actualité, AfricaLog a essayé de la joindre. Naturellement, ça n'a pas été chose facile du fait de ses charges au sommet de l'État. Cependant, elle a consenti une partie de son agenda pour satisfaire cette sollicitation pour faire connaître son approche de cette actualité. C'était tout juste, la veille de la proclamation des résultats définitifs de l'élection présidentielle du 27 juin 2010 par la Cour suprême.
AfricaLog: Madame la Présidente du CNT, une quinzaine de candidats à l'élection présidentielle a protesté contre des cas de fraudes et la mauvaise organisation du scrutin du 27 juin 2010 par la CENI. Que pensez-vous de ces protestations et des manifestations de rue qui ont été enregistrées de la part des militantes et sympathisantes de l'UFR du candidat Sidya Touré?
Hadja Rabiatou Serah Diallo (Hadja Rabi): Je réponds que les différentes contestations des leaders politiques – candidats – sont fondées car, il y a eu tout de même des dérapages cependant qui ne peuvent pas remettre en cause cette élection. Un scrutin qui s'est déroulé dans la discipline et qui marque la volonté de tout le peuple de retourner le pays à l'ordre constitutionnel, passage obligé pour sortir la Guinée de la crise.
AfricaLog: Le Premier ministre et les autorités militaires viennent d’annoncer l’arrestation de plusieurs militaires. Quelle est votre réaction ? La transition serait-elle en danger?
Hadja Rabi: Je ne peux rien dire des cas d'arrestations. Cependant, le pays est très fragile car il y a des personnes qui ne veulent pas de sortie de crise de notre pays. Je pense que les responsabilités prises par les autorités du gouvernement et celles des forces de défenses sont très justes à partir du moment où chacun des militaires a accepté de la passation du pouvoir aux civils et souhaité la restructuration de l'armée.
AfricaLog: D'autre part, Madame la Présidente, le RPG du candidat Alpha Condé vient de dénoncer, avec d'autres partis alliés, la réunion de concertation sur le processus électoral organisée par le CNT que vous présidez. Pourquoi n’avez-vous pas consulté ou associé les partis politiques à cette rencontre?
Hadja Rabi: Personne n'a le droit de faire revenir la machine du processus enclenché en marche arrière. Parlant de la concertation que le CNT préside, vous savez les gens ne lisent pas les textes. Donc, ils n'ont aucune compréhension des différentes structures et de leur mission. Sinon, dans la lettre de mission adressée par le Chef de l'État au CNT, il y est mentionné que le CNT contrôle l'action gouvernementale. Que le CNT est chargé du suivi et l'évaluation de la CENI. Il a également en charge, la réconciliation et la défense des droits humains.
Vous comprenez donc, qu'avec une telle mission, quand la CENI vient vers le CNT pour porter ses préoccupations, nous du CNT sommes tenus d'en tenir compte. C'est ce qui explique la concertation avec toutes les structures en charge de la transition afin d'évaluer le processus électoral à travers le scrutin du 27 juin. Une façon de mieux préparer le second tour. Pour cela, il faudrait que nous soyons tous au même niveau d'information avec la CENI. Cela ne signifie nullement que le CNT ou le gouvernement vont se substituer à la CENI ou à la Cour suprême; encore moins influencer le cours des décisions de la Cour suprême.
AfricaLog: Concrètement, quel est l'objectif précis de cette commission de travail?
Hadja Rabi: L'objectif de la rencontre était d'évaluer le processus électoral en cours et créer les meilleures conditions d'une coopération entre toutes les institutions ce, dans le respect de leurs domaines de compétence. En d'autres termes, le CNT qui a eu l'initiative de cette rencontre souhaite que la réflexion soit consacrée à l'examen des points ci après :
- identification des difficultés rencontrées lors du premier tour et ressortir des solutions,
- préciser les rôles des différents acteurs,
- mettre en place un cadre permanent de concertation entre les acteurs de la transition.
AfricaLog: Vous êtes-vous fait une idée des desiderata de la CENI pour la réussite du second tour?
Hadja Rabi: A la lumière des premières explications de la CENI, il a été retenu qu'il y a manque d'urnes à ce jour. Outre des urnes qui ont disparu, on note aussi un manque de calculatrices, de lampes, de torches et d'autres matériels. Il y a également un besoin de formation des membres de la CENI ainsi que le déploiement de la Fossepel dans les sous-préfectures. Chose qui avait manqué au premier tour.
C'est suite au premier échange de vue que nous avons décidé de la mise en place d'une commission de travail présidée par le CNT.
Chaque institution républicaine y est représentée ainsi qu'il suit :
• Conseil Economique et Social : 3 personnes ;
• Conseil National de la Communication : 3 personnes ;
• Commision Electorale Nationale Indépendante : 6 personnes ;
• Gouvernement: 5 personnes ;
• Conseil National de Transition: 5 personnes ;
• Fossepel (Brigade mobile d'intervention gendarmerie et police) : 2 personnes.
AfricaLog: Que comptez-vous entreprendre pour que le second tour se passe dans la paix afin d'éviter toute contestation des résultats comme au premier tour du scrutin?
Hadja Rabi: La Commission qui travaille actuellement signifie tout simplement le souci que le gouvernement et le CNT ont quant à la réussite du prochain tour de l'élection présidentielle. Les gens n'aiment pas le dialogue. Or sans le dialogue, rien ne saurait être possible. Ceci m'amène à donner comme réponse à votre dernière question, l'invite à toutes les institutions de ce pays. Qu'elles acceptent de travailler ensemble afin d'améliorer ou parfaire le second tour de la présidentielle. Cela passe par une formation rapide des membres de la CENI, la reprise du découpage géographique afin de permettre à tout le peuple de participer au vote. Revoir aussi la situation du matériel électoral. Bref, prendre en compte toutes les insuffisances du premier tour.
AfricaLog: Je vous remercie madame la Présidente du CNT.
Hadja Rabi: Merci à vous aussi.
Interview réalisée par Ibrahima Sylla