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Guinée: La répression «au-delà de toutes les limites acceptables»

Sep 30, 2009

Plusieurs dizaines de personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et des centaines d’autres blessĂ©es le 28 septembre Ă  Conakry, la capitale guinĂ©enne, lors de la rĂ©pression par les forces de sĂ©curitĂ© de la manifestation d’opposition Ă  la candidature prĂ©sidentielle de Moussa Dadis Camara, chef de la junte, selon des sources mĂ©dicales.

« J’ai vu des soldats tirer sur des manifestants, ou les poignarder », a racontĂ© une femme qui s’est prĂ©sentĂ©e sous le nom de Fanta. Un autre manifestant a dit Ă  IRIN, sous couvert d’anonymat, que des soldats avaient arrachĂ© les vĂȘtements des femmes et battu les gens avec des matraques.

« Ils insultaient les manifestants et les frappaient, en les appelant ‘ennemis’ », a-t-il dit.

Des manifestants ont dit Ă  IRIN qu’ils avaient vu des cadavres, mais qu’ils ne pouvaient pas dire combien de personnes avaient Ă©tĂ© tuĂ©es. TĂŽt le 29 septembre, des mĂ©decins locaux et la Croix-Rouge guinĂ©enne faisaient Ă©tat d’un bilan provisoire d’au moins 87 morts, tandis que des organisations de dĂ©fense des droits humains parlaient de plus d’une centaine de victimes.

D’aprĂšs MĂ©decins sans frontiĂšres, au moins cinq femmes se sont rendues dans des centres de santĂ© locaux pour obtenir des traitements aprĂšs avoir Ă©tĂ© violĂ©es.

Une centaine de secouristes de la Croix-Rouge guinĂ©enne ont Ă©tĂ© mobilisĂ©s Ă  Conakry pour assister les blessĂ©s et les conduire Ă  l’hĂŽpital, a dit Ă  IRIN un membre de la Croix-Rouge.

Dans l’aprĂšs-midi du 28 septembre, des centaines de personnes blessĂ©es par balles ou meurtries par des coups avaient Ă©tĂ© amenĂ©es Ă  l’hĂŽpital de Donka, Ă  Conakry, d’aprĂšs un mĂ©decin de l’hĂŽpital, qui a souhaitĂ© garder l’anonymat.

« Les gens sont couchĂ©s partout. Je ne pourrais mĂȘme pas vous dire combien de blessĂ©s nous avons reçus ici. Au moins des centaines ». Les blessĂ©s sont aussi bien des femmes que des hommes, les plus jeunes Ă©tant ĂągĂ©s d’environ 14 ans, a-t-il dit Ă  IRIN.

Les leaders politiques et de la sociĂ©tĂ© civile avaient appelĂ©, le 19 septembre, Ă  un rassemblement dans un stade de Conakry, pour protester contre la candidature de M. Camara aux prochaines Ă©lections prĂ©sidentielles. M. Camara, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’Etat le 23 dĂ©cembre, avait annoncĂ© qu’il organiserait des Ă©lections, mais il a dĂ©clarĂ© depuis qu’il n’excluait pas de se porter candidat. Le 22 septembre, les partisans de M. Camara ont manifestĂ© Ă  Conakry.

Bien que les autorités aient interdit le meeting du 28 septembre, des centaines de personnes se sont rassemblées dÚs le matin dans le stade, passant outre les barrages militaires.

D’aprĂšs Fanta, les soldats sont brutalement entrĂ©s dans le stade, sont descendus de leurs vĂ©hicules et ont commencĂ© Ă  tirer sur les manifestants et Ă  les frapper.

Mamadi Kaba, prĂ©sident du bureau guinĂ©en de RADDHO, une organisation panafricaine de dĂ©fense des droits humains, a dĂ©clarĂ© que la rĂ©pression Ă©tait « au-delĂ  de toutes les limites acceptables », et qu’il Ă©tait temps que la communautĂ© internationale cesse de tolĂ©rer le rĂ©gime militaire de GuinĂ©e.

« Il y a quelques jours, un groupe de GuinĂ©ens a manifestĂ© pour exprimer son soutien au [chef de la junte, M. Camara] », a observĂ© M. Kaba. « Cette manifestation a Ă©tĂ© tolĂ©rĂ©e et mĂȘme encouragĂ©e. Aujourd’hui, une autre partie de la population vient exprimer le point de vue opposĂ©, de façon pacifique, et ces gens sont rĂ©primĂ©s dans le sang ».

« Aujourd’hui, la junte a montrĂ© ce qu’elle veut et ce qu’elle est prĂȘte Ă  faire subir aux citoyens. Les dirigeants africains et la communautĂ© internationale doivent unir leurs forces pour aider la population guinĂ©enne Ă  se dĂ©barrasser de cette junte », a-t-il dĂ©clarĂ©.

Des manifestants ont dit à IRIN que si les leaders politiques et de la société civile appelaient à une autre manifestation, ils reprendraient immédiatement le mouvement.

« Nous nous battons pour la liberté », a déclaré un manifestant. « Nous nous battons pour barrer la route, non seulement à Moussa Dadis Camara, mais à tout militaire qui tenterait de devenir président de la Guinée ».

Fanta a Ă©galement affirmĂ© : « MĂȘme s’ils nous disent de retourner dans la rue ce soir, j’y serai. Si nous faisons cela, c’est pour les enfants de la GuinĂ©e ». - IRIN 

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