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Le Rwanda s'apprĂȘte Ă  Ă©mettre des mandats d'arrĂȘt contre des Français

Nov 11, 2008

Le Rwanda s'apprĂȘte Ă  Ă©mettre des mandats d'arrĂȘt contre des responsables français mis en cause par Kigali dans le gĂ©nocide de 1994, sur fond d'escalade judiciaire entre les deux pays aprĂšs l'arrestation d'une proche du prĂ©sident rwandais.

Pour le deuxiĂšme jour consĂ©cutif, des manifestants ont dĂ©filĂ© mardi Ă  Kigali contre l'arrestation en Allemagne dimanche de la directrice du protocole prĂ©sidentiel rwandais, Rose Kabuye, Mme Kabuye, qui doit ĂȘtre extradĂ©e vers la France, est un des neuf responsables rwandais, proches du prĂ©sident rwandais Paul Kagame, recherchĂ©s par la justice française pour leur participation prĂ©sumĂ©e Ă  l'attentat contre l'avion du prĂ©sident hutu rwandais JuvĂ©nal Habyarimana, en avril 1994, Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur du gĂ©nocide.

Mardi, une source au parquet gĂ©nĂ©ral du Rwanda a indiquĂ© sous couvert d'anonymat que la justice mettait la derniĂšre main aux actes d'accusation contre 23 des 33 responsables civils ou militaires français mis en cause dans un rapport d'une commission d'enquĂȘte rwandaise rendu public le 5 aoĂ»t. "Les actes d'accusation sont en train d'ĂȘtre finalisĂ©s, les mandats d'arrĂȘt peuvent ĂȘtre lancĂ©s Ă  tout moment", a ajoutĂ© cette source, qui n'a pas prĂ©cisĂ© l'identitĂ© des responsables français visĂ©s.

Ce rapport de la commission d'enquĂȘte rwandaise a accusĂ© nommĂ©ment 33 dirigeants politiques et responsables militaires français de l'Ă©poque d'avoir "participĂ©" au gĂ©nocide. Environ 800.000 personnes, selon l'ONU, essentiellement parmi la minoritĂ© tutsi et les Hutu modĂ©rĂ©s, ont Ă©tĂ© tuĂ©es pendant le gĂ©nocide d'avril Ă  juillet 1994 au Rwanda, planifiĂ© et exĂ©cutĂ© par les extrĂ©mistes hutu. La France Ă©tait "au courant des prĂ©paratifs" du gĂ©nocide, a "participĂ© aux principales initiatives" de sa mise en place et "Ă  sa mise en exĂ©cution", a accusĂ© le rapport.

Au rang des 13 dirigeants français incriminés par le rapport, figurent notamment le président français à l'époque des faits François Mitterrand, le Premier ministre Edouard Balladur, le ministre des Affaires étrangÚres Alain Juppé, son directeur de cabinet Dominique de Villepin ou encore le secrétaire général de l'Elysée Hubert Védrine.

La France a reconnu des "erreurs" dans sa politique rwandaise, mais a toujours récusé les accusations lui faisant porter une responsabilité dans les massacres. Réagissant à ces accusations, le ministre français de la Défense Hervé Morin les avait jugées "absolument insupportables" et assuré que les militaires français n'avaient "rien à se reprocher". Dix officiers français ayant participé à l'opération militaro-humanitaire Turquoise au Rwanda, en 1994, ont porté plainte en diffamation devant le tribunal de grande instance de Paris aprÚs leur mise en cause dans le rapport rwandais, a-t-on appris le 5 novembre de source judiciaire. Parmi les plaignants figurent cinq généraux, dont Jean-Claude Lafourcade qui a commandé l'opération Turquoise, et cinq colonels, a indiqué à l'AFP un proche des plaignants.

L'annonce mardi du parquet rwandais s'inscrit dans une bataille judiciaire entre le Rwanda et la France entamĂ©e en novembre 2006 aprĂšs la signature des neuf mandats d'arrĂȘt par le juge français Jean-Louis BruguiĂšre, qui a Ă©galement rĂ©clamĂ© des poursuites contre M. Kagame pour sa "participation prĂ©sumĂ©e" Ă  l'attentat contre l'avion de M. Habyarimana. Kigali a rompu fin novembre 2006 ses relations diplomatiques avec Paris Ă  la suite des dĂ©marches du juge BruguiĂšre. DĂ©but juillet 2008, M. Kagame avait menacĂ© de faire inculper des ressortissants français pour le gĂ©nocide si les tribunaux europĂ©ens, et notamment français, n'annulaient pas les mandats d'arrĂȘt Ă©mis contre des responsables rwandais. 

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