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Présidentielle en Guinée: attention au piège des reports

Aug 19, 2009

Ceux qui persistaient à croire, et ce, en dépit de nombreux indices suggérant le contraire, que l’élection présidentielle en Guinée se tiendrait effectivement en décembre 2009, ont de quoi, désormais, légitimement déchanter. La junte au pouvoir à Conakry a "accepté", lundi, au cours d’une cérémonie des plus officielles, la tenue d’une élection présidentielle le 31 janvier 2010.

Les élections législatives devraient avoir lieu le 26 mars de la même année. Un comité ad hoc mis en place par les "forces vives" regroupant des partis politiques, des syndicats et la société civile ainsi que les autorités militaires, avait été commis à la tâche pour étudier la possibilité d’organiser des élections avant la fin de l’année 2009. C’est ce comité qui aura décidé du changement du chronogramme, et qui l’aura proposé à Dadis et à sa junte. "J’accepte ce que propose le comité ad hoc, qui est l’émanation de la population", a publiquement répondu le capitaine-président. Et d’ajouter aussitôt : "Je ne peux que me plier à votre souhait".

Mais ce "oui" présidentiel, pour enthousiaste qu’il est, ne manque pas de soulever une kyrielle d’interrogations. On se demande tout d’abord si la proposition de ce comité ad hoc ne l’arrange pas, lui, Dadis. C’est vrai, on se rappelle que le jeune capitaine avait juré, la main sur le cœur, lors de sa prise de pouvoir en décembre 2008, que lui et ses amis étaient venus nettoyer les écuries guinéennes qui ressemblaient à celles d’Augias. Et que, le travail d’assainissement et de moralisation fait, leur objectif serait d’organiser des élections libres et démocratiques dans le but d’installer des civils aux commandes du pays.

Dadis lui-même avait, à maintes reprises, promis et fait promettre par ses représentants que l’élection présidentielle aurait lieu coûte que coûte au dernier trimestre 2009. Mais entre-temps, de l’eau aura coulé sous les ponts et le capitaine s’est tellement mis à multiplier les indices qu’il se pourrait qu’il n’abandonne pas le pouvoir à la date indiquée. A supposer que ce comité ad hoc n’ait pas été érigé par Dadis, la proposition qu’il lui fait ressemble, à s’y méprendre, à du pain bénit qu’il offre au capitaine- président.

Et voilà la Guinée partie pour un report de sa présidentielle. Le premier et le dernier, ou le premier de toute une série ? Il n’est d’ailleurs pas vraiment saugrenu de le penser : qui a bu, boira. Dans la sous-région, on a bien vu des cas où on a volé de report en report et cela tout le temps d’un septennat. La Guinée pourrait elle aussi s’embarquer si on n’y prend garde, dans le dangereux cycle des reports qui, au final, ne font que retarder la bonne tenue d’élections que des citoyens appellent de tous leurs vœux. Sans compter que l’on ne peut manquer de s’interroger sur la validité du report d’un mois. Que signifie cette prolongation d’un mois à l’intérieur du calendrier d’un processus long et complexe d’une préparation à des élections. L’insignifiance du temps du report est ce qui peut rendre ledit report précisément suspect. A moins qu’il n’existe quelque part quelque non-dit.

Et, de non-dits, précisément, le processus guinéen pour la tenue des élections, brille par son opacité et le flou que l’on semble vouloir entretenir tout autour de la question. On semble vouloir en faire un mystère. Quid du fichier électoral, de l’inévitable recensement des populations, des nombreuses dispositions techniques qu’il faut absolument mettre en place avant l’arrivée de la date fatidique du jour des élections ? On n’en sait rien, et selon toute vraisemblance, Dadis et ses amis de la junte ont d’autres chats à fouetter, occupés qu’ils sont à traquer les faussaires et autres narcotrafiquants. Mais à ce rythme-là, on ne voit pas comment, même en janvier, ils pourraient tenir parole. Et hop, on ira en février, puis en mars, puis on ne sait plus trop quand. Lorsque Dadis Camara et ses amis s’emparaient des commandes de la Guinée, le 23 décembre 2008, ils héritaient d’un pays en lambeaux et on comprend qu’ils aient décidé dans un premier temps, de parer au plus pressé. Mais il ne faudrait pas qu’ils fassent de l’urgence un provisoire qui dure.

En tout état de cause, un retour aux élections permettant à la Guinée de se choisir un dirigeant, selon le principe de la saine démocratie, est plus que impérieux. Il n’est sans doute pas vraiment inutile de le rappeler. Surtout en ces moments où se créent, en Guinée, de nombreux mouvements, dont le MDDR "Moussa Dadis doit rester", qui demandent au jeune capitaine de rester aux commandes du pays.

Le capitaine-président serait bien inspiré de savoir se rappeler ses promesses, ne serait-ce que pour y puiser la force nécessaire pour résister aux chants des sirènes. Car, sur le continent africain, des chefs d’Etat qui ont toujours des chantiers à terminer, on en trouve à foison. Ceux qui, par contre, restent fidèles à leur parole donnée sont une espèce quasiment en voie de disparition. Et c’est bien regrettable pour tous. – Le pays

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