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Côte d’Ivoire: Un chronogramme électoral défini, mais le terrain est-il totalement balisé?

May 21, 2009

Par Fulgence Zamblé

Les principaux protagonistes de la crise ivoirienne ont convenu lundi à Ouagadougou (capitale du Burkina Faso) d’achever le recensement électoral en Côte d’Ivoire le 30 juin prochain et de publier en septembre les listes en vue du premier tour de la présidentielle annoncée pour le 29 novembre.

Selon le communiqué final d’une rencontre dénommée Cadre permanent de concertation (CPC) et supervisée par le médiateur, le président burkinabé, Blaise Compaoré, les cartes d’électeurs et les cartes d’identité devront être disponibles au plus tard début novembre afin de permettre de lancer la campagne électorale deux semaines plus tard.

En outre, la passation de service entre les préfets et les chefs de guerre de l’ex-rébellion, prévue initialement ce mercredi, a été reportée au 26 mai prochain à cause d'un voyage à l'étranger du Premier ministre Guillaume Soro. Cette passation de service devrait aboutir à la restauration définitive de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire, toujours selon la réunion de Ouagadougou.

De son côté, la Commission électorale indépendante (CEI), chargée de l’organisation des élections, a assuré avoir passé la commande du matériel électoral.

"Tous ces délais sont dans les normes et même largement. Les partis politiques auront le temps de recevoir les listes électorales pour apporter leurs observations et la campagne électorale tiendra sur les deux semaines avant le scrutin", explique à IPS, Mathurin Kobenan, un juriste basé à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

Peu avant sa participation à ce CPC, regroupant les principaux acteurs de la crise ivoirienne autour du président Compaoré, le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo avait affirmé que son pays était bien sur la voie de la fin définitive de crise.

Il avançait comme preuve, l’avancée du processus d’identification qui est à sa dernière phase de rattrapage après l’enrôlement de six millions d’électeurs - 70 pour cent des électeurs attendus, selon la CEI. Il y avait également le dossier du redéploiement de l’armée en cours sur toute l’étendue du territoire pour superviser le scrutin.

"Le 29 novembre n’est pas une date fétiche. Elle est sûre car la réunification du pays n’est pas loin. L’organisation des élections n’est plus une question politique, mais matérielle", avait déclaré Gbagbo.

Léon M’Bra, président de l’ONG Forum des jeunes pour la démocratie en Afrique, basée à Abidjan, estime que "le chronogramme défini est très clair et objectif pour tous les observateurs en général et les Ivoiriens en particulier qui attendaient depuis longtemps pour croire quelque peu à la tenue des élections".

"Désormais, plus personne ne devrait douter. Près de sept ans de ni paix ni guerre. Il fallait en finir avec la situation qui n’a que trop duré", dit-il à IPS, invitant les politiques à envisager déjà les actions à mener pour que le scrutin se déroule sans incident.

Pour sa part, après avoir mené durant quelques jours une grève de la faim à la fin mars et début avril pour exiger un calendrier des élections, Serges Essoh, président du Mouvement de la jeunesse citoyenne de Côte d’Ivoire, une ONG basée à Abidjan, souligne "qu’un pas important vient d’être franchi vers la fin de la souffrance des populations vivant dans le pays. Maintenant, il faut transformer l’essai".

"Il y a des signes qui donnent à croire cette fois. Entre le mois de mars et celui de mai, la suspicion fait place petit à petit à la confiance, et nous croyons qu’il n’y a plus de part et d’autre une volonté d’enrayer la machine du processus", confie à IPS, Maurice Zagol, un politologue ivoirien.

Toutefois, il estime qu'"étant donné que nous avons été habitués, depuis le début de la crise, à des revirements de situation, il faut rester encore prudent". Selon Zagol, le désarmement des ex-combattants et des milices reste encore l’étape cruciale dans le processus menant aux élections.

"Il ne sera pas possible de tenir les élections pendant que les armes continueront de circuler illégalement. Personne n’acceptera de voter avec un pistolet sous la tempe", souligne Zagol, au moment où le désarmement des milices du sud, qui devaient débuter lundi, se heurte de nouveau à un refus de certaines d’entre elles.

Ces milices, qui ne se sont pas présentées pour le désarmement, n’ont encore avancé la moindre raison de leur attitude. Mais le Centre de commandement intégré – une structure mixe de l’armée régulière et des Forces nouvelles (ex-rebelles) - se dit assuré qu’elles viendront désarmer tôt ou tard.

Enseignante du primaire à Abidjan, Sévérine Oula estime, pour sa part, que "le chef de l’Etat a assuré que le désarmement de tous les combattants prendra fin à deux mois des élections et qu’en dépit des soucis financiers, le processus électoral ira à terme. Il faut s’en tenir à cela et à la détermination des différents acteurs". Elle ajoute à IPS : "Il ne faut plus s’attarder sur les difficultés. Le bout du tunnel étant proche, ce sont les solutions qui importent désormais".

Sébastien Agnissan, un employé de banque, est moins convaincu et rappelle que la question du désarmement des milices reste "un serpent de mer pour les autorités ivoiriennes depuis trois ans. On ne peut donc pas s’en débarrasser aussi facilement en soutenant qu’il ne faut pas en faire un problème. Il est même très sérieux". Pour lui, "C’est incompréhensible que tous les sujets aient été abordés lors de cette réunion de Ouagadougou sans qu’un calendrier précis soit défini pour le désarmement".

La CĂ´te d’Ivoire est divisĂ©e en deux par une rĂ©bellion armĂ©e qui occupe la moitiĂ© nord du pays. Depuis le 19 septembre 2002, des ex-soldats de l’armĂ©e rĂ©gulière ont pris les armes pour luter contre l’exclusion prĂ©sumĂ©e des populations de cette partie du territoire. En sept annĂ©es de crise, une date pour la tenue des Ă©lections a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e deux fois sans jamais pouvoir se tenir. Le 29 novembre prochain sera-t-elle enfin la bonne? - IPS 

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