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L’opposition guinéenne mobilise ses militants

Apr 01, 2012

«Des gens aussi occupés que nous, aussi indispensables que nous, n’ont pas la volonté que de marcher dans la rue», a dit Sidya Touré, président de l’UFR.

A l’appel de l’opposition guinéenne réunie au sein du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la Transition et de l’Alliance pour la démocratie et le progrès, les militants et sympathisants de l’opposition se sont massivement rendus à l’Héliport de Bellevue, dans la commune de Dixinn, ce 31 mars, a constaté AfricaLog.com à Conakry.

C’est le troisième meeting de l’opposition politique guinéenne. Selon des observateurs, il y aurait eu plus de manifestants ce jour qu’au stade de Coléah, la semaine dernière. Les manifestants avaient des pancartes aux mêmes slogans que le 24 mars dernier. Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée, UFDG, Lansana Kouyaté, président du Parti de l’Espoir pour le Développement National, PEDN et Faya Millimono, vice-président de la Nouvelle Génération pour la République, NGR, étaient absents. Ils sont en mission à l’extérieur du pays. L’opposition explique qu’elle veut organiser cette série de meeting dans les cinq communes de la capitale guinéenne, avec l’objectif d’attirer l’attention des militants sur la préparation de la fraude lors des échéances législatives qui doivent marquer la fin de la transition guinéenne, ainsi que de dénoncer les violations répétées des lois et des libertés fondamentales par le pouvoir du Président Alpha Condé. C’est pourquoi, Aboubacar Sylla, le leader de l’Union des Forces du Changement, UFC, Amadou Oury Ditinn Diallo, du Parti pour l’Union et le Développement, PUD, Fodé Mohamed Soumah de Génération citoyenne, GECI, Moutar Diallo des Nouvelles Forces Démocratiques, NFD, Charles Pascal Tolno, du Parti pour le Peuple de Guinée, Sidya Touré de l’Union des Forces Républicaines, UFR, entre autres, se sont succédés à la tribune pour haranguer, encenser leurs militants et pourfendre les actions du pouvoir du Président Alpha Condé.

Sidya Touré, de l’UFR, au milieu de la foule en délire, a soutenu ferme que l’opposition politique guinéenne a encore la capacité de mobiliser les populations pour «dénoncer le hold-up électoral qu’on veut préparer mais qu’elle n’acceptera pas.»

Il a invité les militants à s’opposer à tout nouveau recensement pour l’organisation des futures élections législatives. Sidya Touré a également fustigé ceux qui accusent l’opposition de ne vouloir que manifester au lieu d’accepter le consensus pour finir la transition qui n’a que trop duré. «Des gens aussi occupés que nous, aussi indispensables que nous, n’ont pas la volonté que de marcher dans la rue. Notre volonté aurait été que l’Assemblée nationale ait été mise en place de la manière la plus transparente pour que notre pays puisse aller de l’avant, créer de l’emploi pour les jeunes», a-t-il affirmé. Il accuse le gouvernement d’Alpha Condé de n’avoir rien fait depuis quinze mois. «On nous raconte que le pouvoir a besoin d’avoir la majorité à l’Assemblée pour pouvoir travailler. Actuellement, avec le CNT, le gouvernement n’a pas que la majorité, il a l’unanimité.» Le président de l’UFR dit avoir noté les points sur lesquels le gouvernement pourrait être interpellé. Il s’agit surtout de la distribution de l’engrais pour les populations, des soins de santé gratuits, des magasins témoins dans les quartiers, de la vente du riz à 20 000 Francs guinéens, de la fourniture d’électricité en six mois, de la création d’emploi pour les jeunes et d’autres promesses que le pouvoir de l’ex opposant historique n’a pas tenues.

Pour Sidya Touré, les résultats de toutes ses promesses sont nuls. De l’audit qu’Alpha Condé appelait de tous ses vœux lors de la campagne présidentielle de 2010? Sidya Touré déclare que le résultat aura été que «tous les voleurs qui ont été invités dans l’audit sont tous assis à côté de Alpha» qui continue à faire rêver les populations. Pour exemple, M. Touré dit qu’il y a «cinq mois à Boffa, (sa préfecture d’origine Ndlr), ils (des membres du gouvernement Ndlr) sont venus faire la pose de la première pierre pour la construction d’une raffinerie en six mois. Aujourd’hui, quand on s’y rend, il n’y a que les agoutis, des singes qui s’y promènent…»

C’est pourquoi, dit-il, l’opposition souhaite la mise en place d’une Assemblée nationale pour contrôler les actions du pouvoir actuel, pour en finir avec le mensonge. Et de s’adresser à l’assistance en langue malinké pour dire qu’aucun Guinéen n’est exclu de la misère dans laquelle croupissent actuellement les populations.

Et de réaffirmer que le couple Collectif-ADP n’est contre personne, mais il est contre les manœuvres du pouvoir qui continue à ramener aux calendes grecques l’organisation des élections législatives. Il a enfin réitéré leur volonté de poursuivre les manifestations à Conakry ainsi que l’organisation d’une caravane à travers le pays qui vise à faire plier le gouvernement pour relever de ses fonctions de président de la CENI (institution chargée des élections en Guinée), Louncény Camara, qui ne fait pas l’unanimité des acteurs politiques depuis l’entre-deux tour de la présidentielle guinéenne de 2010.

Madame Dialikatou Diallo, Secrétaire nationale du PEND s’est dite ravie, de parler au nom de Lansana Kouyaté, à l’occasion de cette «grandiose mobilisation» des militants des deux blocs qui ont répondu à l’appel de leurs leaders. Selon elle, la rencontre vise à éclairer les uns et les autres sur «la situation qui préoccupe tous». Il s’agit, dit Mme la Secrétaire du problème de la CENI dont elle réclame la recomposition, du fait qu’elle ne «reflète plus le paysage politique actuel.» Elle pense que le fichier électoral doit être complètement élagué et dénué de toute fraude, de toute mascarade électorale. Elle a invité les uns et les autres à s’engager pour des élections transparentes et crédibles avant de dire que la CENI actuelle doit partir. «Non à la fraude ! Nous voulons des élections transparentes pour qu’une Assemblée nationale crédible soit à la tête du pays afin que les institutions nous assistent pour le développement», a-t-elle lancé du haut de la tribune peu avant Fodé Mohamed Soumah de Géci qui a redit que tant que le gouvernement ne recule pas, l’APD et le Collectif avanceront avec le peuple. Car, «les Ivoiriens ont installé leur Président et leur Assemblée. Les Sénégalais ont élu leur Président et ils auront leur Assemblée avant la Guinée. Il est tant que la Guinée ait son Assemblée nationale, mais pendant qu’on est en train de manifester, le gouvernement est en train de dérouler son programme au moment ou tout sera prêt, il nous dira d’aller aux élections. Nous ne laisserons personne nous enfariner. La CENI doit être recomposée. Maintenant, nous ne voulons plus de cette CENI. Nous refuserons toutes les manœuvres politiciennes…»

Mouctar Diallo a rappelé que le 16 mars dernier, «le RPG Arc-en-ciel qu’on appelle majorité présidentielle, avait organisé ici un meeting. Il n’a pas pu mobiliser plus de 200 personnes, malgré les propagandes au niveau des médias publics, malgré l’annonce de la venue du Président Alpha Condé.» Il pense que l’opposition «responsable, démocrate, progressiste, légaliste, républicaine», que le Collectif et l’ADP représentent a triomphé, en mobilisant tout ce beau monde. «Cela démontre que le Président Alpha Condé est mal élu. Nous avons mobilisé à Bonfi, à Coléah et ici à Bellevue. Nous mobiliserons partout comme ça, plus que ça, parceque tout simplement, il n’y a pas de cola quand nous vous appelons,» a-t-il souligné, emporté par les applaudissements. Le président de NFD a invité les militants à serrer les rangs derrière leurs leaders, «parce que le mensonge doit finir.» Il a accusé le Président Alpha Condé de n’avoir pas la volonté d’organiser les élections législatives, mais fait croire aux gens que c’est l’opposition qui ne veut pas aller aux élections. Faux, déclare-t-il. La Constitution a dit que les élections législatives devront être organisées dans les 6 mois après son adoption, a-t-il rappelé avant de fustiger les appels sans cesse répétés du Collectif et de l’ADP, en vers le gouvernement qui reste encore «sourd» pour l’organisation des législatives. «Pour vous illustrer que le pouvoir ne veut pas les élections, le CNT et la Loi des finances n’ont pas prévu le budget électoral», révèle le jeune opposant qui en appelle à la vigilance, car Alpha Condé et son gouvernement «vont distribuer de l’argent, vont corrompre des jeunes et des femmes, vont donner du riz, pour confisquer la démocratie en Guinée. Le président Alpha Condé va instaurer une dictature en Guinée, le CNT est sous ses ordres». Il a tenu à expliquer aussi qu’après que le Président de la République ait «nommé des maires et des chefs de quartier, demain il va nommer des chefs de carrefours, après demain, des chefs de famille, c’est un dictateur…» Il réfute qu’il y ait de problème ethnique en Guinée. Forestiers, Malinkés, Peulhs, Soussous, tous vivraient en harmonie depuis des siècles. Le problème, c’est que Alpha Condé «ne peut pas. Il n’a qu’à démissionner. Puisqu’il ne peut pas résoudre les problèmes de la Guinée, il viole la loi, les droits humains. Il nous a affamés, il nous empêche d’exercer nos droits. Et comme il ne peut pas amener la Guinée vers l’unité, il n’a qu’à partir. Vive la démocratie, vive l’unité nationale. La Guinée est une famille», a conclu Mouctar Diallo.

Les leaders politiques de l’ADP et du Collectif ont réaffirmé leur volonté d’exiger du pouvoir des élections législatives transparentes, crédibles et acceptées de tous. Le meeting s’est achevé aux environs de 13h GMT, sans incident, malgré un faible dispositif sécuritaire de policiers et de gendarmes postés aux alentours de l’Héliport, qui a accueilli la manifestation.

AfricaLog.com
 

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