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Danse mortelle au bord de l’abîme

Sep 12, 2010

Opinion de l’Observateur

“Entente peu cordiale pour un second tour apaisé”. Telle était la manchette de notre édition du 6 septembre 2010, qui rendait compte du Protocole de bonne conduite signé par les deux finalises du second tour de la présidentielle guinéenne, en présence du médiateur, Blaise Compaoré.

“Par ce document, Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé s’engagent à mener une campagne électorale apaisée, à accepter le verdict des urnes et à tenir leurs partisans à carreau avant, pendant et après le scrutin. Si les deux challengers ont bien apposé leur signature sur le fameux protocole, le président du RPG, lui, semble l’avoir fait de mauvaise grâce, comme le prouvera son discours un tantinet menaçant à la fin de la rencontre”, écrivions-nous dans le même papier.

Vu l’ambiance ce jour-là à la présidence du Faso, où les deux adversaires politiques se saluaient à peine, on imaginait mal ce consensus tenir longtemps. Il aura donc fallu moins d’une semaine pour montrer que ce Protocole a vécu. Place à la surenchère, au discours anxiogène, aux menaces de boycott, bref à une remise en cause du processus électoral sur fond de parodie de justice. Ainsi ont été condamné le président de la CENI, Ben Sékou Sylla, et le chargé des opérations, Boubacar Diallo, jugés de façon expéditive et condamnés pour avoir favorisé la fraude au premier tour.

Oui il y a eu des fraudes massives le 27 juin 2010, oui il y a des correctifs à apporter et, du reste, la CENI s’emploie à le faire, aidée par le gouvernement ; ou le patron de la CENI, en tant que premier responsable, répond de ces manquements graves. Mais est-ce pour autant qu’à une semaine du second tour, on doit décapiter l’institution, déjà boiteuse, chargée de l’organisation de cette élection?

En tout cas ceux qui ont fait tomber le couperet sur ces dirigeants de la CENI auraient voulu instaurer le désordre dans ce processus électoral qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Pour ne rien arranger à la situation, voilà que la Haute- Guinée, vivier électoral d’Alpha Condé, est prise par des velléités de boycott, ce qui fait que ce second tour commence véritablement à prendre des chemins tortueux. D’où ces questions élémentaires : l’ultime round de cette présidentielle se tiendra-t-il ce 19 septembre 2010 ?

Dans quelles conditions ? Y aurait-il un des candidats qui voudrait jeter l’éponge ? Du reste, les débats et les échauffourées de ces derniers jours augurent une élection sous haute tension. Car, à ce rythme, de dérapage en dérapage, les risques d’affrontement entre les deux camps sont élevés, et dérechef le spectre d’une guerre ethnique plane déjà sur la Guinée. Quelle que soit l’identité de ceux qui s’amusent à souffler sur les braises, il est grand temps d’arrêter de se rapprocher de l’abîme, car c’est proprement irresponsable.

La paix ne saurait être sacrifiée sur l’autel d’ego hypertrophiés. En politique, il y a des moments où il faut savoir faire le deuil de ses ambitions, surtout si l’intérêt de tout un pays est en jeu. Et dans ce duel de gladiateurs où tous les coups semblent permis, le constat est là que le doyen et icône de la politique guinéenne, Alpha Condé, n’entend pas se laisser coiffer au poteau par son cadet de 14 ans, Cellou Dalein Diallo. Ce dernier estime aussi qu’il est bien placé pour rafler la mise.

Le premier cité semble cependant oublier une leçon cardinale en politique : ce ne sont pas tous les opposants historiques qui accèdent au pouvoir. Bien souvent, mieux vaut le rater et conserver son image intacte, car le pouvoir n’est jamais sans risque. Au second d’avoir à l’esprit que rien n’est gagné d’avance, surtout pas sur la base d’une arithmétique du premier tour. Et il faut bien qu’un candidat perde !

Ces événements, qui mettent en péril ce scrutin, prouvent que les autorités de la transition doivent faire preuve de fermeté. Ils prouvent également que Blaise Compaoré n’est pas au bout de ses peines et qu’il faudra qu’il s’apprête à jouer les prolongations.

La Rédaction de l’Observateur Paalga
 

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