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L’Afrique face à la monarchisation des régimes

Oct 28, 2010

Opinion de Ibrahima Gassama

Au moment où le vent de la démocratie souffle dans toutes les contrées du monde, l’Afrique s’achemine inexorablement vers un nouveau modèle consistant à introniser les fils après un règne catastrophique des pères présidents. Cette dérive monarchique, après avoir connu un succès au Congo, au Togo et au Gabon devient la doctrine au point même de voir le président sénégalais la théoriser et la défendre.

L’ère de la démocratie qui avait commencé à prendre naissance sur le continent ces deux dernières décennies s’est vite essoufflée pour laisser la place à des velléités manifestes des pères présidents de reléguer le patrimoine aux fils. L’idée de patrimoine utilisée dans ce contexte garde tout son sens car les États deviennent des biens transférables qui procurent aux nouveaux propriétaires tous les droits d’usage. Après que les pères se soient gracieusement servis, il revient désormais aux fils de sauvegarder le butin.

Et pourtant, rien ne justifie que les évolutions démocratiques qui sont entrain de s’opérer en Asie et en Amérique latine ne puissent avoir des répliques sur le continent africain. Au courant des années 70 le revenu moyen par habitant était quasiment identique entre pays africains et pays asiatiques, mais force est de constater qu’aujourd’hui ces pays nous dépassent largement tant au niveau du développement qu’au niveau démocratique. Il ne serait pas exagéré de dire que le dirigeant africain s’est jusqu’à présent enfermé dans un système dépassé qui fait souffrir son peuple et l’expose à une injustice quotidienne.

Si les intronisations déguisées de Faure Eyadema et de Ali Bongo ont fait perdre la face à la démocratie africaine, le projet en cours du président Wade d’imposer son fils en prenant explicitement exemple sur ces pays fait tressaillir tous les démocrates du monde. Le Sénégal a toujours été cité comme un exemple de démocratie malgré les imperfections de son modèle. L’élection du président Wade en 2000 a suscité tant d’espoir que le citoyen africain avait sauté de joie car espérant des jours meilleurs sur le continent. Le président Wade lui-même disait à son investiture que « Le Sénégal est le nez par lequel tout un continent respire et que cette vague démocratique n’épargnera aucun autre pays sur le continent ». Tout le monde disait : « Enfin nous y voila! ». Mais la déception a été cinglante d’apercevoir que tout ceci n’était que du vent et que la monarchie a fini par s’installer au Sénégal comme une fatalité.

Wade soutient sur tous les toits du monde que son fils est le plus compétent des sénégalais et lui confie quatre portefeuilles ministériels ainsi qu’un titre artificiel de ministre d’État. Les scandales financiers qui accompagnent ce renforcement du fils sont sans commune mesure. Quoique la population ait refusé de s’y soumettre en sanctionnant le fils aux élections locales, la machine infernale de l’intronisation continue et les larbins de la cour ne manquent pas d’éloges à l’endroit du prince pour bénéficier de prébendes et de strapontins du pouvoir en place.

Ainsi, c’est l’effet inverse de la projection de Wade qui est entrain de s’effectuer sur le continent. La monarchisation progresse et ne manquera certainement pas de donner des idées à d’autres présidents qui ne cherchent que des exemples. Ceux qui n’ont pas de fils majeurs iraient certainement chercher du côté des neveux pour ensuite valider leur choix par la mascarade électorale. Pour toutes ces raisons, il est temps pour les africains de prendre la conscience que ce nouveau système risque de causer beaucoup de torts aux populations car les malversations induites qui en résulteront accentueront davantage la pauvreté sur le continent. Les détournements de masse observés au Sénégal sont des signes annonciateurs de ce que pourrait devenir le règne des fils si rien n’est fait.

Les africains ne doivent plus se faire d’illusions et penser que des politiciens qui ne développent pas de démocratie au sein de leurs propre partis peuvent devenir démocrates une fois élus. Les leaders doivent désormais démontrer leur capacité à gérer la démocratie avant d’accéder au pouvoir. À ce titre, un illustre penseur soutenait que « Croire en la démocratie implique que l’on croit d’abord à des choses plus hautes que la démocratie ».

Ibrahima Gassama, Montréal
Économiste spécialisé en développement durable
igassama@gmail.com

 

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