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L'Afrique entre Paradoxe et Présidence à vie

Jun 15, 2014
L'Afrique entre Paradoxe et Présidence à vie

Par Amadou Saikou Diallo

Le continent africain vient de souffler la 51ème Bougie de l'Union africaine
(O.U.A pour les Anciens) dans un cycle de Violences, de misère, de pauvrété, d'instabilité, de mauvaise gouvernance, de présidence a vie...et j'en passe!

Universellement, la démocratie est reconnue comme un idéal et un but ; elle est
basée sur des valeurs communes partagées par les peuples du monde malgré leurs différences culturelles, politiques, sociales et économiques. Cette définition claire entraîne pourtant des confusions, dans la pratique et dans les analyses, puisque ce concept désigne trois faits différents que mêlent les uns pour des raisons politiques et les autres par soucis
de performance scientifique:

1. la démocratie comme processus implique les mécanismes, les procédures et les
formalités de l'organisation politique aux élections;

2. la démocratie comme un état implique une société civile et sa gouvernance; et

3. la démocratie comme un résultat découle d'un état ou est un produit du processus
démocratique en soi.

Développer la démocratie dans le monde, est une injonction de la Communauté
internationale et une exigence de la bonne gouvernance. Or en Afrique, les relations complexes entretenues entre opposition et pouvoir d'une part et d'autre part, entre les
différentes communautés ethniques, nécessitent un compromis gagnant-gagnant sur le
pouvoir. Or, depuis l'instauration des démocraties en Afrique, de nombreuses guerres civiles à connotations politico-ethniques naissent dans le continent, mettant ainsi en panne le fonctionnement démocratique.

En Afrique, il nous faut distinguer deux Afriques, celle où la démocratie s'enracine
progréssivement, et l'autre, celle tenue par les dictateurs et les présidences à vie. C'est cette deuxième catégorie qui nous intéresse dans ce qui suit.

Du Maghreb à l’Afrique australe en passant par l’Afrique de l’ouest, de l’est et
centrale, les Constitutions subissent une chirurgie dramatique perpétuelle, comme
pour mieux les adapter aux souhaits de ceux qu’elles servent. Si elles ont
officiellement tué le monopartisme, elles ont en revanche institué une technique,
celle de la conservation du pouvoir.

Le fait est là, et indiscutable pour l'ensemble des Etats africains: des présidents
puissants, dotés d'importants pouvoirs, bien souvent au-dessus de tout contrôle et
de tout contrepoids, mĂŞme si quelques exemples aujourd'hui viennent nuancer cet
état. La constitution, considérée dans un environnement démocratique comme moyen
d'organisation et de limitation du pouvoir, ne l'est ici, en général, que de façade
puisque facilement manipulable.

L’Etat de droit, corollaire de la constitution, et désormais leitmotiv dans tous les discours, mais aussi dans la plupart des textes constitutionnels, reste encore, à bien des égards, incantatoire. Analysant cet etat de fait, on peut constater que
malgré la proclamation solennelle d’adhésion directe ou indirecte à l’Etat de
droit dans les constitutions des Etats d’Afrique, les écarts ou dérives, les
perversions restent nombreuses. On assiste au regain de la violence et de la voie
des armes comme procédure de changement politique (Burundi,Rouwanda,Congo-Kinshasa, Côte-d’Ivoire, Congo-Brazzaville, la libye, la Centrafrique,…) et au recul du
bien-être social. Souvent en Afrique, la vitrine extérieure ne correspond pas
toujours à la réalité interne.

Les récents évènements en Centrafrique ne doivent pas nous laisser indifférents. Les
Africains ne cessent de se découvrir,et pourtant, le principe de la démocratie est
simple, le pouvoir d'un dirigeant ne serait qu'un pouvoir délégué par le peuple
souverain, dans ce sens, le pouvoir devrait prendre l'apparence d'un pouvoir sans
domination et sans Ă©crasement du peuple souverain. Le respect de la reconnaissance
du peuple souverain est un des fondements des libertés du peuple. Le pouvoir perd
ainsi son autonomie et dépend du peuple. En finalité, l'avantage de la démocratie
permet une compétition démocratique et honnête, dont il sortira de l'émulation
(vote) due au peuple souverain, le moins mauvais qui assurera la destinée
nationale.En Afrique, ce principe élémentaire a laissé la place à la confiscation du
pouvoir par le biais des armes, par la corruption des consciences et par les
modifications des constitutions. Ainsi l'honneur laisse la place au déshonneur. Résultat, la crise de confiance en politique prend effet en même temps que le déficit démocratique. Comme exemples, en Guinée-Conakry, la constitution a été modifiée en 2002 dans l'intention d'autoriser le feu président Lansana Conté à se représenter, à la fin de son second et dernier mandat aux élections présidentielles.Nous l’avons vu avec le Tchad avec sa constitution modifiée en 2005 et qui a permis à Monsieur Idriss Déby à se maintenir au pouvoir depuis son coup d’État de 1990. En Tunisie, la constitution qui a été modifiée en 2002 pour permettre à l'ex président Zine Abidine Ben Ali de se représenter à
l'élection présidentielle de 2004 qu’il a remporté par un suffrage avec 94,48 % de
voix exprimées en sa faveur pour un quatrième mandat. Pourtant, lorsqu'il avait
destitué en 1987 le premier président Tunisien malade, Habib Bourguiba, 84 ans, Ben
Ali avait promis de mettre fin à la présidence à vie.

Dans la même foulée, le Togo a modifié sa constitution en 2003, Eyadema 36 années
au pouvoir jusqu’à sa mort en 2005. Au Gabon, la constitution a été modifiée en
2003,en Ouganda, modifiée en 2005.Au Cameroun, Paul Barthélémy Biya en a fait
autant, la Mauritanie en 1991, ainsi qu'au Sénégal de Abdoulaye Wade. Même scénario
au Burkina Faso avec un subtil jeu de levée de la limitation du nombre de mandats en
1997, puis de restauration de cette limitation en 2000.Blaise Compaoré est au
pouvoir depuis son coup d’État de 1987. En 2015, par exemple le Président Compaoré
aura passé 28 ans au pouvoir dont 23 en tant que président élu et se trouve
acctuellement en Campagne pour une autre modification de la constitution,etc....

Le constitutionnalisme a perdu ses caractéristiques anciennes pour acquérir des
traits nouveaux. Au lieu de remplir un rĂ´le de limitation du pouvoir, il sert
plutôt, au contraire, à justifier un système de gouvernement autocratique, pratiqué
dans tout le continent.Dans un tel système , la démocratie est confisquée, toutes
les atteintes sont possibles.

On a tous compris, que l'alternance démocratique a cédé sa place à la présidence à
vie, dont la conséquence est l'usure du pouvoir.L'usure du pouvoir se caractérise
par la perte du contact avec la réalité, et se traduit le plus souvent par une perte
de légitimité vis-à-vis des citoyens. Un pouvoir usé ne se rend plus compte de son
bilan catastrophique, généralement, il se fonde sur des jugements insensés et la
fuite en avant devient l'ultime bataille. Or, gouverner un pays nécessite la
crédibilité et la légitimité populaire.

La longévité du pouvoir, l'articulation des différents comportements autour du
pouvoir, les ambiguïtés qui existent parfois dans les discours, témoignent
résolument, de la complexité des pouvoirs politiques usés et l'analyse autour de
leur personnage décrit, généralement, des hommes d'état qui deviennent
progréssivement monarques.En Afrique ce rêve de pouvoir illimité a maintenu les
anciens rapports sociaux du monopartisme, entrainant, ainsi, Ă  l'illusion d'un
pouvoir politique héréditaire et l'illusion de nation démocratique. Il se passe,
donc, en Afrique, un conflit entre « l'ordre ancien », qui puisait ses excuses dans
les sociétés traditionnelles africaines, où le pouvoir est absolu, non partagé et
non critiqué, et « le nouvel ordre » qui est l'aventure dans le temps et l'espace et
les libertés fondamentales en utilisant les moyens modernes que nous offrent les
nouvelles technologies.De ce conflit, naissent des rébellions qui ont pour principal objectif, de briser le monopole du pouvoir détenu, injustement, par un Clan, et de mettre fin à l'usure du pouvoir.

Aujourd'hui la démocratie a été acceptée dans tous les pays africains, et dans ces
nouvelles luttes contre les pouvoirs usés, des Chefs d'états ont préféré lâcher du
lest, sous la pression de la rue, pour préserver leur vie et celle de leur
progéniture ; c'est le cas de la Tunisie, l'Egypte, la libye, etc....Néanmoins, il
existe, encore, dans le continent, plusieurs foyers de pouvoirs usés, où les
nouvelles luttes n'ont pas encore créé de forces centripètes et coercitives, pour
permettre l'éclosion de l'alternance. Ces foyers de pouvoirs usés sont des foyers
de tensions futures, allant du compromis sur l'organisation des Ă©lections aux
compromis des résultats des élections.On a compris qu’un régime s'use dans le
temps, pour permettre au mieux l'alternance des régimes usés,
qui ont l'illusion du pouvoir Ă  vie. Il convient de limiter les mandats
présidentiels et instaurer des principes et valeurs de gouvernance démocratiques
orientés vers un développement durable comme moyen de répondre aux alternances, aux
usures de pouvoir et permet de faire vivre la démocratie. Tous les pays engagés
dans cette voie, sont engagés sur le chemin de la paix à court terme et pendant
très longtemps. Il ne reste, donc, aux états dirigés par les dictateurs qui se
réclament pour la paix, qu’à suivre cet exemple, qui est un gage de paix et de
bonne gouvernance. Ainsi, ils montreront leurs volontés pour la paix et la
bonne gouvernance.

Amadou Saikou Diallo
Washington DC.
diallongr@yahoo.com

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